Les rencontres intergénérationnelles, un atout pour tous

Des liens intergénérationnels distendus

rencontres intergénérationnelles

Notre époque fait face à une longévité exceptionnelle dans notre société . Jamais nous n’avons vécu aussi longtemps ensemble, jamais autant de générations ont été en présence! Et … jamais les cloisonnements intergénérationnels ont été aussi importants.

Des groupes générationnels se sont mis en place au fil du temps, au fil des innovations et des modes de vie. Si jusqu’à cinq générations se côtoient dans des familles, ces familles sont souvent éparpillées géographiquement avec ou sans contact.

Les liens intergénérationnels se sont distendus pour de multiples raisons : • familles recomposées; • enfants éloignés de la résidence de leurs parents âgés du fait de leur vie personnelle mais aussi professionnelle; • une moins grande disponibilité des enfants et petits-enfants due à leurs multiples sollicitations ou occupations.

Le triste résultat qui en résulte est que aujourd’hui 300 000 personnes âgées sont en situation d’isolement en France.

Des préjugés puissants

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Mais l’ennemi sournois de l’intergénération, ce sont surtout des préjugés puissants ! comment se rencontrer alors que l’on pense a priori que l’on n’a pas grand-chose à partager ?

Pourtant ces deux publics ont des points communs plus que complémentaires.

  1. Chacun a un fort besoin d’attentions et de contacts humains, avec des échanges simples et authentiques. Sauter en disant à chaque instant « regarde, regarde ce que je sais faire ! » ou raconter des histoires avec passion créant des regards pleins intérêt, efface les différences et rapproche des personnes d’âges très éloignés même lorsqu’il n’ y a pas de lien du sang.

  2. Chacun vit dans le moment présent . Leur quotidien est fait de rituels rassurants et routiniers ou hier ressemble à demain. Des rencontres exceptionnelles sont donc encore plus précieuses pour rythmer et appréhender la notion de temps, rompre le quotidien pour les uns, ouvrir le champ d’expérimentation pour les autres.

  3. Chacun a la même dépendance aux adultes qui les entoure. Pour les soins, les déplacements mais aussi pour leurs rencontres sociales (y compris avec leur propre famille). Une dépendance aussi matérielle où les poussettes côtoient les déambulateurs. D’ailleurs je trouve particulièrement attendrissant lorsqu’un aîné explique le pourquoi de son déambulateur et que l’enfant l’écoute avec intérêt …avant de jouer avec !

Un dernier point essentiel selon moi, mais qui est difficilement pris en compte. Le besoin de chacun d’avoir de garder ou d’acquérir la confiance en soi et une certaine liberté d’action.

En effet, l’enfant se bat chaque jour dès son plus jeune âge pour acquérir son autonomie. Il fait face aux peurs de ses parents pour sa sécurité et à leur envie parfois de ne pas le voir grandir si vite.

Les personnes âgées, quant à elle, doivent affronter (souvent sans être entendues) leur besoin de participer à la vie quotidienne, d’aider les autres malgré la surprotection de leurs proches qui ne veulent pas qu’il se fatigue trop, ou simplement qui souhaite leur offrir une vie paisible et reposante après tant d’années passées à s’occuper des autres ….

Des apports réciproques

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Tout pourrait porter à croire que ces rencontres sont surtout bénéfiques aux personnes âgées. Pourtant c’est vraiment loin d’être le cas! Les touts petits sont aussi enrichi par ces rencontres

Une prise de conscience progressive

Il y a cependant une prise de conscience progressive depuis quelques années et une volonté collective d’améliorer la situation des personnes âgées isolées.

  1. plusieurs écoles primaires en France développent des sorties à la maison de retraite sous formes de diverses activités : jardinage, bricolage etc. .

  2. Plusieurs crèches ont mis en place des rencontres intergénérationnelles au sein de maisons de retraites voisines

  3. plusieurs associations mettent en relation les étudiants et les personnes âgées pour proposer des cohabitations bénéfiques à chacun.

même des entraides entre personnes du troisième âge et du quatrième âge se mettent en place pour les courses et même parfois donner les premières base informatiques pour garder contact avec leurs enfants.

Dés échanges qui s’avèrent enrichissants pour tous les publics concernés

Une amélioration du bien être des personnes âgées

Ces échanges contribuent au sentiment d’appartenance des personnes âgées et combattent le sentiment d’exclusion, de solitude et d’isolement. S’occuper d’une personne plus fragile que soi, c’est tout simplement se sentir utile : une activité particulièrement gratifiante pour les personnes âgées ! L’estime de soi s’en trouve grandie.

De plus, les échanges intergénérationnels, favorise la motricité. Sans même s’en rendre compte, les personnes âgées pratiquent une activité physique plus intensive que dans leur quotidien en institution en jouant avec les enfants.

Répondre aux questions des enfants sollicite également le cerveau et la mémoire, leur présence ravive de nombreux souvenirs et leur donne très souvent l’envie de raconter des histoires vécues.

Les enfants aussi y sont gagnants.

C’est l’occasion pour eux tout d’abord de changer de cadre de vie et d’activités. C’est surtout l’opportunité de se confronter au troisième âge, à un public différent. Une occasion qui ne leur est pas forcément donné dans la vie quotidienne.

Une valorisation de son rôle et de ses capacités nouvellement acquise. Lors de ces rencontres, les jeunes enfants adoptent un comportement et des gestes différents, adaptés à des personnes qu’ils savent plus fragiles . Ses gestes se font plus doux, il est moins agité, et pallie volontiers les incapacités de ce public parfois très peu moteur. Il va alors chercher le livre ou le jouet qu’il souhaite partager et inverse, le temps d’une rencontre, les rôles adultes enfants sur des tâches simples. Un sacré pas dans son estime de soi!

La magie de ces moments est visible dès la première rencontre! Certains enfants très agités et excités au quotidien se calment considérablement, les aînés retrouvent un dynamisme et un regard pétillant… une explication simple se pose:

Dans une crèche collective, les moments en tête à tête entre un enfant et un adulte sont rares en dehors des changes (voir parfois inexistant lorsque l’enfant acquis la propreté.) Ces rencontres intergénérationnelles lui permettent ce tête à tête. Cet enfant agité qui cherche (et y arrive souvent, même si c’est de façon négative) à accaparer l’attention des équipes accompagnantes devient lors de ces rencontres le centre d’attention d’une seule personne. Cela l’apaise puisqu’il n’a plus besoin de s’agiter pour exister!

Des relations se créent

A l’occasion de ces activités intergénérationnelles, ce sont aussi des relations qui se créent. Une ouverture sur un environnement extérieur et une exploration de son, d’odeur, d’ambiance et de visages. Un apprivoisement des jeunes par nos aînés et de nos aînés par les jeunes.

Même furtives, ces relations n’en sont pas moins riches! Tel enfant espiègle rappellera à cette grand-mère l’arrière-petit-fils qu’elle ne voit quasiment pas, tandis que lui va découvrir que cette vieille dame partage les mêmes goûts que sa mamie pour les mots croisés ou le tricot.

Les rencontres : du rêve à la réalité

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Preuve n’est donc plus à faire, les rencontres intergénérationnelles sont une bénédiction pour les uns comme pour les autres. Cependant leur mise en pratique n’est pas toujours simple…

Des difficultés organisationnelles

Elle demande un grand investissement de la part des institutions pour palier aux difficultés dues à leur mise en oeuvre

  1. Les distance se rallongent à compter du moment où il est question d’enfants et de personnes agées. Lorsque la crèche est un peu plus loin que le bout de la rue, trouver des transports adaptés et un nombre d’accompagnateurs suffisants sur des horaires en plein journée n’est pas chose facile.

  2. La relation se met plus vite en place par le biais d’un support ludique (qui fait alors office de tierce personne rassurante pour les enfants et de fédérateur pour la première prise de contact). Réfléchir à un objectif commun s’avère donc essentiel.

Jardinage, opération de protection d’environnement, partage d’un moment festif, lecture, … Ce choix d’activité est la pierre angulaire de la rencontre et doit tenir compte des capacités motrices de chacun: alors que les enfants sont en cours d’acquisition de motricité de plus en plus fine, les personnes âgées sont, elles, en perte de motricité. Il s’agit alors de se rencontrer sur des projets où chacun peut aider l’autre.

  1. Un aménagement des lieux spécifiques pour ces rencontres occasionnelles. D’une part les personnes âgées ne peuvent pas utiliser le mobilier des structures d’accueil (à taille et hauteur réduite). D’autre part, les enfants ont besoin de repères visuels pour mieux comprendre les limites. Marquer visuellement un espace dédié peut simplifier considérablement la rencontre peut l’enrichir et permettre une intégration plus facile des règles et limites potentiellement mises en place lors de cette parenthèse de vie. Quelques coussins par terre, une salle aménagée d’une certaine façon, un décor, etc…change le comportement des enfants en un rien de temps.

Mais alors, quelles activités proposer?

Pour les inclure dans la vie quotidienne de façon naturelle: proposer des gestes ordinaires comme une simple discussion ou de l’aide pour les tâches du quotidien est déjà bien. L’activité est surtout un moyen d’aller plus facilement à la rencontre de l’autre non pour « faire quelque chose », surtout pour les rencontres intergénérationnelles en crèche.

Ces séances avec les jeunes générations sera dans les écoles maternelles l’occasion de pour les grands parents de transmettre leur savoir-faire, des valeurs, des coutumes, de raconter leurs souvenirs de vie, ou encore de donner le goût à des activités.

Un projet porteur d’espoir

Un projet intergénérationnel n’a de sens que s’il se déroule dans le temps, sur plusieurs rencontres.

Attention à la surenchère : lorsqu’ un groupe d’enfants se déplace, on se sent presque obligé de faire durer, pour profiter davantage de ce moment. Une demi heure d’activité est pour la plupart des enfants de moins de 3 ans la durée maximale de concentration d’un enfant sur une même activité. Un petit goûter pourra suivre avant de partir, mais 45 minutes à une heure sur place est suffisant!.

Rester plus peut s’avérer contre productif, amenant de la fatigue pour les personnes âgées, et les rendant plus nerveux pour leur sécurité face à des gestes moins retenus des touts petits.

C’est pour cela que je trouve particulièrement intéressant les structures d’accueil collectifs où maison de retraites et crèches sont imbriquées dès leur construction.

Ces résidences permettent aux personnes âgées et jeunes enfants de se côtoyer à certains moment de la journée. Des observations de leur quotidien, accompagnées d’une proposition d’activité par semaine, permet la mise en place d’une vraie relation entre les résidents et les enfants de la crèche et instaure un lien affectif solide.

Seulement une vingtaine de crèches partagent aujourd’hui quotidiennement leurs locaux avec une maison de retraite. Les nouvelles crèches construites aujourd’hui ne pourraient (devraient) elles pas proposer plus souvent ce service ?

Auteur : Bénédicte Tricot

Une infographie plutôt bien faite est disponibles sur les rapports entre les grands parents et les petits enfants: infographie

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