Comment faire rimer adaptabilité et stabilité dans le secteur des bébés ?
- Bénédicte Tricot
- 8 janv.
- 4 min de lecture

Le secteur des bébés est intense, imprévisible et souvent épuisant — physiquement comme émotionnellement. Derrière les pleurs, les endormissements compliqués et les journées en tension se cachent des réflexes bien installés… pas toujours efficaces à long terme. Et si on apprenait à faire autrement ?
Le secteur des bébés est souvent perçu par les professionnelles comme physiquement et psychologiquement fatigant . Comme celui où les professionnelles affrontent certaines des situations les plus éprouvantes : pleurs intenses, endormissements compliqués, rythmes imprévisibles, grande dépendance affective des enfants. Dans ce contexte, les pratiques ne sont pas toujours le fruit d’une réflexion posée : elles sont souvent des réflexes immédiats, des réponses en urgence pour “tenir” au quotidien.
C’est justement là que des repères partagés, une organisation claire et une posture professionnelle ajustée font toute la différence.
Un portage qui épuise
Dans les sections bébés, porter un enfant pour qu’il s’endorme ou cesse de pleurer est devenu un besoin courant. Ce n’est que rarement une “pratique éducative ancrée et volontaire” mais une réponse rapide à une situation difficile : un moyen de faire cesser les pleurs, de faciliter les premières séparations ou d’éviter une crise qui s’éternise. C'est aussi parfois la volonté de faire le lien avec les pratiques des parents au détriment de nos propres valeurs professionnelles.
Ce réflexe, répété plusieurs fois par jour, a des conséquences réelles : douleurs physiques, fatigue chronique, qui amène des arrêts maladie, et la désorganisation des équipes en cas d’absence. Or quand les équipes se déséquilibrent, ... les enfants ressentent cette insécurité et réclament encore plus les bras. Un cercle vicieux bien huilé!
Vers une posture maternisante inconsciente
Accompagner les bébés réveille souvent des résonances personnelles exacerbées. Les bébés et leur fragilité pousse à une proximité plus forte et un lien plus basé sur le contact. Ce contact faisant parfois ressurgir les sensations familières et le besoin de surprotéger des professionnelles.
Le pleur de l'enfant devient alors plus personnel et accentue le risque de sortir de son rôle de professionnel. Sans s’en rendre compte, certaines professionnelles surinvestissent la relation et s'approprient ses émotions, allant parfois jusqu'au petits noms, câlins répétés, rituels personnalisés.
Ce lien singulier, aussi doux soit-il, devient alors un point de fragilité collective : dès que la personne “référente” est absente, l’enfant perd ses repères et l’équipe se retrouve en difficulté. Maintenir une juste distance professionnelle n’est pas une froideur : c’est un acte structurant pour l’enfant, pour la professionnelle et pour le collectif.
Motricité libre dans le secteur des bébés: un levier sous-exploité
La motricité libre est souvent bien appliquée dans les sections de grands, mais elle disparaît rapidement chez les bébés dès les premiers pleurs de frustration sur le tapis. Le réflexe est de reprendre le tout-petit dans les bras. Pourtant, ils peuvent aussi se sentir sécurisés autrement : un toucher léger et rassurant pour montrer notre présence, un regard, un sourire, une voix posée, un choix de jeu adapté
Le corps de l’adulte n’est pas qu’un "outil de portage", c’est un langage sécurisant à part entière, un lien vers l'autonomie et la sécurité affective incontournable au jeu libre. Bien utilisé, il permet de réduire la dépendance physique et les pleurs.
Comprendre les émotions pour mieux accompagner
Les pleurs des bébés ne sont pas stratégiques : ils sont un moyen de communiquer ses besoins, d'alerter. Que ce soit les besoins primaires ou au delà tels que le besoin de sécurité, d'explorer et d'apprendre. Comprendre ce mécanisme change radicalement la posture. On ne cherche plus à faire taire à tout prix, mais à comprendre ce qu'il nous dit. A l'accompagner en tenant compte de ce que l’enfant vit vraiment.
Cette compréhension apaise la pression ressentie par les adultes et renforce leur capacité à rester stables face à l’intensité émotionnelle. Elle permet aussi de maintenir la motricité libre et la cohérence éducative même dans les moments délicats.
Organisation d’équipe et communication : le nerf de la stabilité
Avec les bébés, les journées sont imprévisibles : repas décalés, endormissements qui varient, besoins qui changent. Une organisation structurée de ce qui est prévisible (aménagement, protocoles, posture adéquates de chacune etc...) est donc essentielle pour stabiliser le collectif et sécuriser les enfants.
Mais cette organisation n’a de sens que si elle s’accompagne d’une communication claire et partagée par toute l’équipe — y compris les remplaçantes ou les personnes qui ne sont pas présentes lors des transitions de rythme. Et dans ce cadre, l’écrit devient un outil précieux : souvent restant sur les basiques physiologiques en crèche parce qu’il “prend du temps”, il énonce rarement les sujets et rituels pouvant créer une continuité sur la sécurité affective.
Pourquoi serait-ce à lui de s'adapter à nos différents gestes et notre façon de faire au risque de plus d'insécurité et de pleurs ? Gagner du temps sur les transmissions écrites et finalement faire face à plus de tensions dans les équipes est-il la bonne solution ?
Travailler auprès des bébés n’est pas une étape “plus simple” : c’est une expertise spécifique qui exige des savoirs précis, une posture solide et une coordination fine de l’équipe.
La formation « Les essentiels : accompagnement collectif de l’enfant de moins de 12 mois » soutient la juste posture sur le secteur des bébés.












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