Formations individuelles ou cohérence collective, que change le socle commun ?

Après le référentiel qualité d’accueil, voici le socle commun. Encore un document à intégrer, de nouvelles attentes à satisfaire… et des équipes qu’il faudrait pouvoir envoyer en formation ? Pour les directrices, les questions sont très concrètes : comment libérer les professionnelles ? Quelles formations choisir ? Et comment éviter que chacune revienne avec des réponses différentes aux mêmes situations ? Derrière des connaissances annoncées comme communes, la cohérence des pratiques mérite elle aussi d’être interrogée.
Sommaire
Des connaissances déjà proposées, des besoins à mieux identifier
Le socle national de connaissances et de savoir-faire communs des professionnels de la petite enfance recense les attendus pour toutes les professionnelles accueillant de jeunes enfants. Il oriente les plans de développement des compétences et fournit des repères pour construire les programmes de formation.
Pour ma part, j’y vois un outil utile aux structures pour faire le bilan de leurs besoins, mais aussi pour construire leur formation sur mesure avec un organisme de formation.
Les émotions, l’attachement, le développement, la communication, le jeu ou l’observation sont déjà abordés chez Cogivia, comme dans beaucoup d’autres organismes spécialisés dans la petite enfance.
Le socle ne bouleverse donc pas nécessairement les propositions de formation. En revanche, il permet aux équipes de regarder plus précisément ce qui a été acquis, ce qui demande à être actualisé et ce qui manque encore.
Une équipe peut avoir suivi une formation sur les émotions sans que toutes les professionnelles présentes aujourd’hui y aient participé. Une notion peut être régulièrement évoquée sans avoir été réellement approfondie. Et plusieurs années d’expérience ne signifient pas que l’on a eu accès à toutes les connaissances utiles à son métier.
Le socle peut ainsi mettre en évidence des besoins de formation sur les concepts de base de l’accompagnement. La question est ensuite de savoir comment compléter les connaissances de chacune tout en soutenant une approche commune.
Des formations individuelles qui peuvent éloigner les pratiques
Une professionnelle peut avoir besoin de se former sur les émotions, une autre sur les limites, une troisième sur l’attachement.
Sur le papier, ces choix se complètent et peuvent améliorer l’accompagnement des enfants grâce aux approches découvertes en formation. Au retour, pourtant, les recommandations peuvent être difficiles à articuler.
Les formateurs n’ont pas tous les mêmes références ni la même approche de l’enfant. Sous un intitulé semblable, la place donnée à l’adulte, à l’autonomie ou au cadre éducatif peut varier sensiblement. À cela s’ajoute ce que chaque participante a compris, retenu et pu relier à son expérience.
Elles doivent ou souhaitent parfois transmettre ces apports aux collègues qui n’étaient pas présentes. Que vont-elles en comprendre ? Seront-elles disponibles pour les entendre ? Comment répondre à leurs questions lorsque l’on cherche encore soi-même à s’approprier les notions ?
On peut alors obtenir l’effet inverse de celui recherché : davantage de connaissances individuelles, mais un décalage plus important dans les pratiques collectives ou dans la cohésion d'équipe.
Avant de choisir une formation, les articles du formateur peuvent aider à découvrir sa façon de penser l’accompagnement. Comment parle-t-il des pleurs, des limites, du jeu ou de la relation avec les parents ? Son approche rejoint-elle le projet éducatif de la structure ?
Encore faut-il avoir accès à ces informations.
Pour une formation individuelle proposée dans un catalogue, le nom de l’intervenant, ses publications ou ses références ne sont pas toujours accessibles au moment du choix.
Un programme indique les thèmes. Il ne suffit pas toujours à comprendre l’approche qui sera transmise. Que faire si cette approche diffère du projet éducatif de votre structure
Se former demande aussi de pouvoir s’absenter
Si certaines directrices peinent à organiser suffisamment de formations, ce n’est pas nécessairement par manque d’envie! Elles aussi aimeraient avoir des équipes qui disposent de connaissances solides, prennent du recul et accompagnent les enfants dans de bonnes conditions. Mais entre le souhait et sa réalisation ...le pas est énorme. il faut trouver un remplacement, réorganiser les horaires et préserver l’encadrement.
La professionnelle souhaite partir. La direction souhaite lui permettre de partir. Et pourtant, le planning résiste assez bien aux bonnes intentions!
Les possibilités de remplacement, les absences déjà présentes et les contraintes budgétaires peuvent rendre ces départs difficiles. Lorsqu’ils sont possibles, ils peuvent aussi demander des changements d’adultes et une réorganisation importante pour celles qui restent. La publication d’un document ne résout pas ces difficultés.
Identifier un besoin de formation est indispensable ; donner à l’équipe les moyens d’y répondre l’est tout autant.
Un soutien existe toutefois pour les établissements financés par la prestation de service unique, la PSU : depuis 2024, la CNAF prévoit une compensation des recettes liées à la PSU et aux participations familiales non perçues lors de journées pédagogiques, dans la limite de trois journées par an et par établissement. La circulaire n° 2025-206 du 13 novembre 2025 en précise les modalités.
En prenant du recul, ces dispositifs peuvent être lus comme des appuis complémentaires :
le référentiel qualité décrit les pratiques attendues,
le financement CNAF soutient des temps de travail collectif
et le socle aide à identifier les connaissances à développer.
Une journée pédagogique réunissant toute l’équipe peut donc limiter les départs individuels successifs et utiliser au mieux ces documents et moyens déterminés par les ministères. Elle demande d’anticiper la fermeture avec les familles et de prévoir le financement de l’intervention, mais permet aux professionnelles de travailler ensemble sans devoir organiser leur remplacement pendant l’accueil.
Des connaissances à relier, pas simplement à accumuler
Le socle pourrait être lu comme une liste de notions à connaître. On repère un thème, on choisit une formation, puis on passe au suivant. Mais accompagner un enfant demande bien davantage que de connaître séparément les émotions, l’attachement ou le développement du langage.
Un enfant qui refuse de ranger peut être absorbé par son jeu, avoir du mal à comprendre la transition, être fatigué ou réagir à une demande peu accessible. La réponse professionnelle demande de relier plusieurs connaissances à ce que l’on observe à cet instant.
À partir de cette seule situation, on peut travailler plusieurs points du socle :
Le développement et les neurosciences : les capacités d’attention, d’inhibition et de compréhension de l’enfant.
Les émotions : la frustration liée à l’arrêt du jeu et l’aide de l’adulte pour la traverser.
La sécurité affective et l’attachement : la disponibilité de l’adulte et la réassurance dont l’enfant peut avoir besoin.
La communication : les mots, les gestes et la façon de formuler une demande accessible.
Les limites et la prévention des violences éducatives : poser un cadre compréhensible sans menace, chantage ni humiliation.
Les repères et les rituels : rendre la transition plus prévisible.
Le jeu et la posture de l’adulte : comprendre l’activité en cours et ce que son interruption représente.
Les besoins physiologiques et les rythmes : tenir compte de la fatigue ou de la faim.
L’observation professionnelle : distinguer le refus observé de l’intention que nous lui attribuons.
L’organisation et l’aménagement : faciliter le rangement, ajuster les temps d’attente et prendre en compte chacun dans le collectif.
Les compétences psychosociales des adultes : repérer et réguler notre propre agacement.
Le travail en équipe et les échanges avec les parents : partager les observations et expliquer les réponses retenues.
Ces liens ne donnent pas une explication unique au comportement. Ils permettent de chercher une réponse adaptée, puis d’en observer les effets.
En formation collective, les professionnelles peuvent partir d’une situation qu’elles connaissent toutes, confronter leurs observations et poser leurs questions ensemble. Le formateur peut préciser une notion, reprendre une interprétation trop rapide et accompagner le raisonnement au regard du projet éducatif, des locaux et de l’organisation.
Faire le lien entre les connaissances et les situations concrètes est une compétence à travailler en elle-même.
Une occasion de construire des formations collectives plus ciblées
C’est ici que le socle présente, à mes yeux, un intérêt particulier pour les directrices.
Il peut servir de support à un bilan des besoins : quelles connaissances sont partagées ? Lesquelles restent fragiles ? Quels sujets ont été peu abordés ? Quelles difficultés quotidiennes montrent qu’il faut approfondir certains liens ?
À partir de ce bilan, le programme peut être construit avec le formateur en s’appuyant sur les attendus du socle et sur les priorités de la structure.
Depuis plus de cinq ans, Cogivia propose des formations sur mesure selon ce principe : identifier les besoins sur des thèmes précis, compléter les acquis et relier les notions aux situations vécues dans la structure.
Plusieurs thèmes du socle sont déjà inclus dans une même formation du catalogue. Une journée sur le jeu libre et l’aménagement aborde aussi bien la posture de l’adulte, que l’observation, les neurosciences et la sécurité affective.
Une formation sur la communication peut mobiliser le développement neurologique de l'enfant, les émotions, l'observation et les limites.
La force de Cogivia est de travailler les liens entre ces thèmes, au lieu de laisser l’équipe les reconstruire seule après plusieurs formations différentes. Le socle commun remet cette priorité au centre de notre catalogue et enrichi les programmes non pas de théorie, mais de pratique faisant ce lien.
Ensemble nous sélectionnons les contenus utiles aux situations que vous rencontrez au quotidien et leur donnons une place réaliste dans le programme. Une seule journée ne peut bien sûr pas répondre à tous les besoins. Et certaines professionnelles auront également besoin d’un approfondissement individuel. Ce choix sera d'autant plus facilité par le fait de l'avoir abordé en amont en réflexion commune avec l'équipe.
Les jeux pédagogiques, les supports visuels et les échanges soutiennent ce travail. Les questions du terrain permettent de vérifier ce qui a été compris et de préciser comment les connaissances peuvent être utilisées au quotidien.
Ce que le socle commun peut réellement changer
Le socle ne supprime ni les contraintes d’organisation ni les différences d’approche entre formateurs. Il permet en revanche de mieux examiner les besoins de l’équipe et de construire des formations plus ciblées.
L’enjeu est donc de répondre aux besoins individuels tout en prévoyant les temps nécessaires à une réflexion collective.
Pour Cogivia, ce document renforce une démarche déjà engagée : faire le bilan avec la structure, regrouper les notions qui ont du sens ensemble et les travailler à partir du terrain.
Vous souhaitez utiliser le socle pour faire le point sur les besoins de votre équipe ? Nous pouvons construire ensemble une formation adaptée à vos priorités et à votre projet éducatif.
Bénédicte Tricot
— Éducatrice de jeunes enfants, formatrice et accompagnatrice VAE DEEJE
Sources et ressources
Ministère chargé des Solidarités, Socle national de connaissances et de savoir-faire communs des professionnels de la petite enfance, septembre 2026. Objectifs : pages 3 à 5 ; notions mobilisées dans l’exemple : notamment pages 9 à 19, 23 à 24, 36 et 39.
CNAF, Circulaire n° 2025-206 du 13 novembre 2025, relative au financement des journées pédagogiques et des heures de préparation à l’accueil dans les EAJE en PSU.
Cogivia, catalogue des formations 2026-2027 et « Clarifier ses besoins et trouver la juste formation ».





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