Le doudou : frein ou tremplin vers l’autonomie ?
- Bénédicte Tricot
- 12 janv.
- 5 min de lecture

Le doudou est-il un obstacle ou, au contraire, un formidable support d’autonomie ? En crèche, il fait souvent débat ! Faut il le laisser en libre accès? Faut il le soustraire à sa vue pour qu'il se concentre sur ses jeux? Cet article propose de changer de regard, d’explorer ce que le doudou révèle vraiment, et de découvrir comment les professionnelles peuvent accompagner en douceur le lâcher-prise de cet objet si rassurant pour l'enfant.
Le fameux "objet transitionnel"
Avant même de parler de “règles d’usage”, il est utile de revenir à l’origine de cet objet . Ce que l’on appelle aujourd’hui “le doudou” est bien plus qu’un morceau de tissu ou une peluche. Il trouve ses fondements dans les travaux du pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, qui décrit dans les années 1950 ce qu’il nomme l’objet transitionnel.
Il s’agit d’un objet choisi par l’enfant pour traverser la séparation, supporter l’absence, gérer des émotions trop fortes pour lui ou s’apaiser simplement . En crèche, il fait le lien avec la crèche, avec le connu et l'inconnu.
Quand un enfant serre son doudou, il ne s’accroche pas simplement à un objet. Il s’accroche à une sécurité. C'est le repère affectif qui lui permet d’affronter un monde encore vaste et parfois déroutant. Et c’est précisément là que commence la réflexion sur le sujet du doudou pour les équipes de crèche.
Un petit doudou qui occupe pourtant une grande place
Soyons honnêtes : le doudou suscite beaucoup de discussions. En crèche, il se retrouve au centre de débats passionnés et de prises de position parfois tranchées . Il déclenche des scènes anxiogènes : les négociations répétées avec l'enfant ( souvent pas très coopératif !), et les moments où l’on finit à quatre pattes sous un meuble en espérant qu’il réapparaisse avant la sieste ou l’arrivée de la famille.
Déclencheurs d'incohérences éducatives répétées pour apaiser en urgence malgré des règles communes, il peut alors devenir (à l'inverse de son rôle initial!) source d'insécurité en crèche. Car comment l'enfant peut il se sécuriser quand les réactions des professionnelles n'est pas prévisible?
Certes le doudou circule dans les bras, dans les jeux, dans les conflits et dans les moments d’émotion. Certes le doudou est aux antipodes de toute notion d'hygiène. Certes Il gêne parfois, détourne l'enfant des jeux et peut compliquer certaines activités. Il est alors tentant de poser des limites strictes pour alléger le quotidien. Mais avant de décider d’un cadre, il est nécessaire de revenir à ce que représente réellement le doudou pour l’enfant.
Le doudou : un besoin ou une habitude?
Le doudou n’est pas un caprice ni une mauvaise habitude. Il est un support d’attachement et une aide à la régulation émotionnelle. Il relie la maison à la crèche avant que la figure professionnelle ne devienne suffisamment sécurisante. Il soutient l’enfant lorsque son système nerveux encore immature ne permet pas une autonomie émotionnelle complète.
Un enfant qui garde son doudou toute la journée n’a donc pas “trop besoin de son doudou”. Il exprime un besoin affectif important. Et ce besoin diminue à mesure que la relation se solidifie.
Retirer l’objet pour “habituer” l’enfant ne renforce pas son autonomie. Cela renforce son insécurité, surtout chez les plus petits qui n’ont pas encore acquis la permanence de l’objet. car ce qui disparaît est perçu comme perdu!! C'est d'ailleurs la grande difficulté de l'enfant dans la séparation du matin... Et le manque augmente le besoin . À l’inverse, la stabilité, la constance et la disponibilité de l’adulte permettent à l’enfant, un jour, de poser son doudou… naturellement.
Que dit le doudou au sujet de l’enfant?
Observer un enfant avec son doudou, c’est accéder à une part discrète mais essentielle de son vécu.
Un enfant qui ne veut pas quitter son doudou en arrivant à la crèche montre que la transition est difficile et qu'il lui faut plus de temps pour construire le lien d'attachement. Un enfant qui le pose après le repas témoigne d’un apaisement progressif. Un enfant qui le garde toute la journée alors qu'il l'avait laissé de coté jusque là peut nous questionner sur un changement au sein de son quotidien.
Le doudou devient alors un indicateur du degré de sécurité intérieure. Il informe sur l’état émotionnel de l’enfant, ses ressources disponibles et sa capacité du moment à explorer ou non. Travailler autour du doudou, ce n’est pas travailler contre lui. C’est travailler avec ce qu’il révèle, c'est prendre le temps de renforcer sa sécurité, de verbaliser ses difficultés et d'accueillir ses émotions.
Le doudou n’est ni une faiblesse ni un obstacle à l’autonomie. Il est un message que l’enfant adresse aux adultes. Il dit où il en est, ce qu’il traverse, ce qu’il peut supporter et ce qu’il ne peut pas encore. Il dit parfois “Je ne suis pas prêt”, et ce n’est pas un problème. Le rôle des professionnelles est d’offrir le cadre, la relation et la sécurité dont l’enfant a besoin pour, un jour, ressentir l’inverse.
Accompagner plutôt que contrôler
La question clé n’est pas de savoir comment empêcher l’enfant de garder son doudou, mais comment l’aider à s’en détacher lorsqu’il sera prêt. La relation adulte–enfant est au cœur de ce processus. La disponibilité, la constance, l’attitude stable et la prévisibilité jouent un rôle essentiel dans la construction de la sécurité intérieure.
Accompagner, c’est nommer ce qui se passe, proposer sans forcer, ajuster sans brusquer. Si l'adulte ne rassure pas encore par sa présence, peut être que mettre le doudou visible dans son environnement, proposer une étape intermédiaire qui montre à l'enfant que doudou est en sécurité avec cet adulte ...et donc pourquoi pas lui?
Respecter son doudou, c'est le respecter lui.
Offrir une place à son doudou dans une petite boîte à côté de lui pendant une activité n'est pas simplement proposer un rangement. C'est le premier pas vers la construction d'un lien apaisé avec l'enfant. Cet objet transitionnel fait alors office de médiateur. La progressivité reste la clef. Rien ne sert de précipiter une étape émotionnelle que l’enfant n’a pas encore les moyens de franchir!
Organiser pour sécuriser sans limiter artificiellement
Les structures d’accueil peuvent organiser la présence des doudous de manière cohérente et apaisée. Certaines périodes de la journée favorisent tout naturellement la présence du doudou, comme l’accueil, la sieste ou les transitions. D’autres temps peuvent être accompagnés par un dépôt facultatif, visible et accessible à tout moment. Ces temps étant les mêmes d'une professionnelle à l'autre et relèvent alors d'une décision d'équipe.
Le flou est l'ennemi de la sécurité! Un espace clair où les doudous sont posés, visibles et identifiés, offre un repère rassurant. La visibilité suffit souvent à diminuer les demandes et à faciliter les séparations. Déposer le doudou à une place attitré ajoutant ainsi un de ces rituels si précieux à la sécurité et à la construction du temps chez l'enfant. de l'enfant . Il sait alors où se trouve son doudou et qu’il peut le récupérer à tout instant.
Un enfant sécurisé pose son doudou de lui-même. Non pas parce qu’on le lui a interdit, mais parce qu’il n’en a plus besoin!












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