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Trembler de peur ou rire aux éclats ... Halloween vu par les tout-petits!

Photo du rédacteur: Bénédicte Tricot
Bénédicte Tricot
il y a 7 minutes
9 min de lecture


Halloween en crèche
enfant qui a peur d'un fantome



Un adulte déguisé en fantôme, c'est drôle. Enfin, pour l'adulte ! Pour un enfant de 18 mois, c'est parfois une tout autre histoire. Pourtant, les jeunes enfants adorent aussi jouer à se faire peur. Alors, Halloween en crèche, bonne ou mauvaise idée ? Tout dépend peut-être de la façon dont nous leur permettons de découvrir cette émotion, sans décider à leur place de ce qui doit les impressionner.


Sommaire

Halloween en crèche, une drôle d'idée ?


Les citrouilles ont envahi les vitrines, les araignées pendent au plafond et les fantômes s'invitent jusque dans les crèches. Halloween est devenu un rendez-vous incontournable pour certains, une fête commerciale sans grand intérêt pour d'autres.

Et pour les tout-petits ?


À deux ans, on ne connaît pas forcément Halloween, mais on sait déjà très bien jouer à se faire peur. Se cacher derrière un rideau, attendre qu'un adulte nous découvre, pousser un grand « bouh ! » et recommencer dix fois. Voilà un jeu qui n'a pas besoin de citrouille pour fonctionner !


Alors pourquoi cette fête pourrait-elle être intéressante ?


Pas tellement pour ses personnages ni pour ses traditions. Plutôt pour ce qu'elle nous permet d'imaginer autour de la surprise, du mystère et de la peur.

Car la peur, nous cherchons généralement à l'éviter chez les jeunes enfants. Pourtant, nous les voyons parfois la provoquer eux-mêmes, avec un plaisir évident.

Il y a peut-être quelque chose à explorer de ce côté-là.


Avoir peur et en redemander : comment ça s'apprend ?


Un enfant entre dans un tunnel. Il fait un peu sombre à l'intérieur, il hésite, recule, regarde l'adulte… puis s'y engage. Quelques secondes plus tard, il ressort en riant et repart aussitôt pour un deuxième tour.


A-t-il eu peur ? Peut-être un peu. Mais il a surtout découvert qu'il pouvait traverser cet espace inhabituel et en ressortir quand il le souhaitait.

Au passage suivant, il connaît déjà le tunnel. Il sait ce qu'il va trouver, anticipe la sortie et prend parfois davantage d'assurance. Ce qui semblait impressionnant quelques minutes auparavant devient familier.


C'est une façon très concrète de comprendre comment les enfants peuvent progressivement apprivoiser certaines peurs.


Il ne s'agit pas d'apprendre à ne plus avoir peur. Ce serait d'ailleurs bien dommage : cette émotion nous protège et nous avertit lorsque quelque chose paraît dangereux. L'enfant apprend plutôt à reconnaître certaines sensations, à découvrir ce qui les provoque et, peu à peu, à trouver comment y réagir.


Cela commence très tôt avec les jeux de disparition et de réapparition. Le fameux coucou-caché, par exemple, permet au bébé de retrouver un visage familier après une courte absence. Il anticipe, reconnaît le jeu, attend le retour. Avec le temps et la répétition, la surprise devient prévisible, et souvent très amusante.


Plus tard, les enfants peuvent rechercher des sensations un peu plus fortes. Ils demandent à l'adulte de faire semblant de les poursuivre, se cachent dans une cabane, jouent au loup ou inventent des monstres. Ils expérimentent des situations impressionnantes dans un cadre où ils peuvent reprendre le contrôle.


Mais attention, la progression n'est pas la même pour tous. Un enfant peut adorer un jeu aujourd'hui et le refuser demain. La fatigue, l'environnement, les expériences précédentes ou simplement l'humeur du moment changent beaucoup de choses.

Et surtout, ce n'est pas en multipliant les frayeurs que nous allons accélérer cet apprentissage.


Imaginons un fantôme caché derrière un tissu. Un enfant l'aperçoit de loin. Il s'approche, s'arrête, repart. Un peu plus tard, il revient et soulève légèrement le tissu. Le lendemain, peut-être, il attrapera le fantôme et l'emportera avec lui.

Personne ne lui a demandé de franchir ces étapes. Il a simplement eu la possibilité de revenir vers quelque chose qui l'intriguait, dans des conditions suffisamment rassurantes.


À l'inverse, si un adulte surgit brusquement derrière le tissu en criant « BOUH ! », l'enfant n'a plus le choix du moment ni de l'intensité de la surprise. Il peut rire, bien sûr, mais il peut aussi être véritablement effrayé.


Nous avons parfois tendance à penser qu'un enfant qui a affronté quelque chose d'effrayant a forcément progressé. Pourtant, avoir supporté une situation ne signifie pas nécessairement l'avoir comprise ou apprivoisée.

Et les conséquences peuvent dépasser le moment du jeu. Une peur importante peut parfois se traduire par davantage de demandes de proximité, une vigilance inhabituelle ou des difficultés temporaires à retrouver certains repères. Ce n'est ni automatique ni forcément une régression, mais cela mérite qu'on s'interroge sur ce que l'enfant a réellement vécu.


Ce qui est intéressant dans les jeux autour de la peur, c'est aussi la possibilité de changer les rôles. Un enfant qui a été impressionné par un monstre peut ensuite devenir celui qui fait « bouh ! ». Il peut cacher le personnage, le faire disparaître, lui donner à manger ou décider qu'il est finalement très gentil.

À travers le jeu, il ne subit plus seulement ce qui l'impressionnait. Il peut le transformer, le rendre familier, parfois même en rire.


Et Halloween offre justement une belle collection de personnages et de situations pour jouer avec tout cela.


Un peu de mystère dans les trois dimensions


Quand on prépare Halloween en crèche, on pense souvent décoration et activités : des citrouilles à peindre, des fantômes à coller, des araignées à fabriquer.

Mais pourquoi ne pas commencer par transformer un peu l'espace ?


L'idée serait de créer un univers que les enfants pourraient découvrir librement, plutôt qu'une succession d'activités à réaliser. Et pour cela, les trois dimensions de la pièce offrent bien plus de possibilités que les murs décorés !


Au sol, on peut installer des matières, des objets et des passages. À hauteur d'enfant, des éléments à soulever, à déplacer ou à découvrir. Et dans le volume de la pièce, des voilages, des cabanes ou des suspensions qui changent les perspectives.

Avec Halloween, les possibilités sont nombreuses. Mais elles peuvent être très différentes selon les enfants accueillis.


Chez les bébés : Halloween se découvre avec les sens

Inutile de leur présenter des monstres ou de chercher à provoquer une émotion qu'ils ne comprendraient pas encore.


On peut imaginer un espace aux couleurs d'automne, avec des citrouilles en tissu de différentes tailles, des matières douces, des voilages orange et quelques objets familiers présentés autrement.

Au-dessus d'un espace de jeu, des formes légères, solidement fixées et hors de portée, peuvent attirer le regard. Au sol, des coussins et des objets adaptés invitent à manipuler, à se retourner ou à se déplacer.


L'univers est nouveau, mais il reste suffisamment proche de ce que les bébés connaissent. Les surprises viennent des couleurs, des formes et des sensations, pas de personnages effrayants.


Chez les moyens : des cachettes, des passages et quelques surprises

C'est un âge où les jeux de cacher-retrouver et les déplacements offrent de belles possibilités.

On pourrait imaginer un petit village de citrouilles, avec des tunnels ouverts, des tissus suspendus à différentes hauteurs et des objets partiellement dissimulés. Une citrouille apparaît derrière un voilage. Un petit fantôme en tissu dépasse d'une boîte. Une araignée en peluche est installée sur une étagère basse. Certains enfants les découvriront immédiatement, d'autres passeront plusieurs fois devant avant de s'y intéresser.


On peut aussi créer un passage avec deux ouvertures, permettant d'entrer d'un côté et de ressortir de l'autre. Les enfants peuvent ainsi voir où ils vont et choisir de traverser ou non.

Le plaisir ne vient pas forcément de l'objet découvert. Il peut venir du fait de le retrouver, de le cacher à nouveau, de passer sous le tissu ou simplement de regarder ce qui se passe de l'autre côté.


Chez les grands : une maison de sorcière qui n'a pas fini de changer !

Avec les plus grands, on peut aller plus loin dans l'imaginaire.

Une cabane devient une maison de sorcière, avec une entrée ouverte, des tissus sombres et quelques accessoires à manipuler. À proximité, un chaudron contient de grosses balles textiles, des foulards ou des objets adaptés. Un petit fantôme est installé dans un coin, des personnages attendent dans des paniers et des citrouilles sont réparties dans l'espace.

Au plafond, quelques chauves-souris suspendues hors de portée donnent une autre dimension à la pièce. Des passages relient différents espaces, sans imposer de sens de circulation.


Certains enfants inventeront une soupe de sorcière. D'autres installeront les fantômes dans la cabane, feront dormir les monstres ou décideront que le chaudron est finalement une baignoire.


On peut aussi proposer un petit espace plus mystérieux, avec un voilage légèrement opaque derrière lequel on aperçoit une silhouette amusante. Mais inutile de la faire surgir ! Les enfants peuvent choisir de regarder, de soulever le tissu ou de continuer leur chemin.

Et pourquoi ne pas laisser quelques déguisements accessibles ? Une cape, un chapeau, des accessoires simples permettent de devenir soi-même le personnage qui impressionnait quelques instants auparavant. À condition, bien sûr, de ne pas imposer le costume ni la photo souvenir.


Ces univers ne sont pas des programmes à appliquer strictement selon les âges. Ils donnent simplement des pistes. Dans une même section, certains enfants chercheront les passages mystérieux tandis que d'autres resteront longtemps à manipuler les citrouilles.

L'aménagement permet justement de proposer plusieurs niveaux de découverte dans un même espace. Il suffit parfois d'un détail pour faire évoluer le jeu : ouvrir davantage une cabane, déplacer un personnage, ajouter un tissu ou laisser les enfants transformer eux-mêmes l'installation.


Et si les enfants décident de transporter toutes les citrouilles dans le coin dinette, tant pis pour notre joli décor !


Le vrai danger d'Halloween: que l'adulte s'amuse plus que l'enfant…


Il faut reconnaître que préparer une fête en crèche peut être très plaisant pour les équipes. On imagine les décors, on choisit les déguisements, on prévoit les surprises. Et parfois, on a tellement envie que les enfants en profitent qu'on finit par vouloir leur faire découvrir absolument tout ce que nous avons préparé.


La cabane est installée, mais personne n'y entre ? Quelle déception, et quelle tentation de les y amener malgré tout.

Le fantôme le fait pleurer de peur ? On lui propose de le toucher pour lui montrer qu'il est gentil.

Un enfant refuse de se déguiser ? On essaie de le convaincre, juste pour la photo.


Tout cela part souvent d'une bonne intention. Mais à quel moment le plaisir que nous avons imaginé reste il un apprentissage pour les enfants ?


La peur rend cette question particulièrement intéressante, parce que nous ne pouvons pas décider de ce qui sera impressionnant pour quelqu'un d'autre.

Un enfant peut être fasciné par une araignée en peluche et terrorisé par un masque pourtant très amusant à nos yeux. Un autre peut entrer dix fois dans une cabane mystérieuse et refuser catégoriquement qu'on éteigne la lumière.


Et ce n'est pas parce qu'il a osé hier qu'il aura forcément envie de recommencer aujourd'hui.

Il y a aussi quelque chose d'assez révélateur dans notre façon de rassurer. Face à un enfant inquiet, nous avons parfois envie de lui prouver que l'objet n'est pas dangereux. Nous approchons le personnage, nous retirons le masque, nous lui montrons comment fonctionne le déguisement. Mais peut-être n'a-t-il pas envie de comprendre, peut être ne le peut il pas car il a a à ce moment une émotion trop forte et que sa priorité est de se protéger, donc ... que le personnage reste très loin de lui malgré vos bras protecteurs.

Cela n'empêchera pas de lui proposer une autre rencontre plus tard, s'il en manifeste l'envie. Un petit fantôme qui l'inquiétait peut devenir, quelques jours après, un personnage qu'il transporte partout. Ou pas !


Halloween peut donc être une belle occasion de jouer avec les émotions, mais ce n'est pas une raison pour chercher à provoquer la peur à tout prix! D'autant que cette fête n'a pas la même place dans toutes les familles. Certaines l'adorent, d'autres ne la célèbrent pas.


On peut parfaitement proposer des espaces de découverte autour des couleurs, des cachettes et de l'imaginaire sans imposer les personnages ou les traditions d'Halloween.

Alors oui, une crèche peut se transformer pour Halloween. On peut y installer du mystère, des passages, des personnages amusants et quelques surprises. Lire des histoire avec des voix plus ou moins neutre selon la maturité émotionnelle de l'enfant.


Mais la réussite de cette journée ne se mesurera peut-être pas au nombre de déguisements, de citrouilles fabriquées ou de photos prises. Elle se verra plutôt dans ce que les enfants auront eu envie d'explorer, d'inventer… et parfois d'oser en alliant à la fois frission et rire (légèrement crispé au débit et libéré petit à petit)

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Et si le fantôme termine la matinée dans une boîte parce qu'un enfant a décidé qu'il devait dormir, laissons-le donc tranquille. Il aura bien le temps de ressortir !


Pour aller plus loin

Phobie et peurs de l'enfant de 1 à 2 ans — mpedia, site d'information médicale de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA).

Les monstres : la sélection de livres du Dr Mahé Guibert — Dr Anne Mahé Guibert, mpedia. Sur le rôle de l'imaginaire et des histoires pour prendre de la distance avec les peurs.

Mpedia

Référentiel national de la qualité d'accueil du jeune enfant — Ministère chargé des Solidarités, 2025, notamment la partie « Le jeu », page 46.



Bénédicte Tricot — Éducatrice de jeunes enfants, formatrice et accompagnatrice VAE DEEJE

Cogivia — www.cogivia.fr

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