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Pourquoi l’enfant dit non à tout ? Une phase d’opposition incontournable…

  • Photo du rédacteur: Bénédicte Tricot
    Bénédicte Tricot
  • 29 janv.
  • 6 min de lecture


enfant qui tend les bras en râlant

Dire « non » vers 2 ans n’est pas une provocation mais une étape clé du développement. L’enfant affirme son identité, teste son impact sur le monde et apprend les règles qui l’entourent. Trop de sévérité freine sa personnalité, trop de liberté l’insécurise : l’équilibre se trouve dans des limites claires et bienveillantes. Ce passage, parfois éprouvant pour les adultes, construit pourtant la confiance en soi et prépare la vie en société.



Le non de l'adulte


Dans les premiers mois de la vie de l’enfant, le non est quasiment absent du dialogue avec l’enfant.


Avant 6 mois, le rapport enfant-adulte est surtout lié aux soins.

Changer, donner le biberon, créer le lien d’attachement avec les sourires et les interactions. Il n’y a pas d’interdit et peu de raison qu’il y en ait. D’ailleurs les fameux 100 premiers jours de l’enfant sont les jours où il est roi…c’est dire si le non n’est pas présent.


Vers 6 mois, l’enfant s’assoit et commence à s’essayer à la « pince » avec ses doigts.

Tous les objets y passent et la vigilance extrême commence pour les adultes. Le "non" apparait dès lors que des objets à risque l’entourent. C’est le moment où bizarrement, tous les bibelots et magazines montent d‘une ou deux étagères …l'aménagement de l'espace s’adapte histoire de réduire les fameux « non » et de le laisser explorer sans risque . Chez les parents, les prises électriques sont protégées et les portes aussi… l'espace est désormais l'espace de l' enfant.


Vers 12 mois, il marche ! Nous parlons bien sûr d’une moyenne. A chacun son rythme : certains marchent vers 18 mois et se rattrapent en courant partout dans la foulée !

Avec la marche, l’espace d’exploration s’élargit à l'intérieur et au dehors. Il commence à s’éloigner de nous et rompt cette bulle qui était si rassurante (pour lui et aussi pour nous).


Le non est alors prononcé à tout va par l’adulte pour des raisons plus ou moins

compréhensibles pour le jeune enfant. A travers ces interdits, nous inculquons la culture du pays, le protégeons à travers le filtre de nos propres craintes dues à notre vécu ou au modèle éducatif que nous souhaitons appliquer.


C'est là où le projet éducatif soutient l'équipe! Car le non des uns ne sera pas forcément le non des autres, ce qui amène une difficulté de compréhension pour l’enfant qui aime les limites claires (c’est oui ou c’est non ?). Qu’à cela ne tienne, il va tester l’action jusqu’à ce qu’il le comprenne…!


Le non des enfants : opposition ou différenciation ?

L’enfant n’a pas la capacité de se projeter dans le futur avant 5 ans , il ne peut donc pas anticiper le ressenti que nous allons avoir devant notre 100ième "NON" consécutif et ne fait pas exprès de nous contrarier. Il vit dans le présent, il dit "non" à ce qu’il ressent, "non" à la limite, "non" à …tout !


Pourquoi ce non ? Parce que maintenant qu’il n’est plus collé à nous, il veut savoir qui il est ! Quel impact il a sur le monde. Il a bien vu le pouvoir du non lorsque son entourage l’utilise, il veut savoir si ça marche aussi pour lui. Donc là où vous dites "oui", il dit "non". Ce n’est pas de l’opposition, c’est de la différenciation !

Il est différent de vous, il peut donc ne pas faire comme vous et il veut vous le montrer. C’est pourquoi, pour sortir de cette impasse du "non" , le choix marche si bien durant cette phase : il a la possibilité de s'imposer, sans aller se mettre en danger! D'un coup lui aussi a le pouvoir, même si la proposition vient en partie de vous.

Mais attention ! Proposer plus de 2 choix est anxiogène pour lui ! Lui demander quelle couleur lui plait avant 5/6 ans sans qu'ils ne les voient , lui est difficile compte tenu de l’immaturité de son cerveau.

Il va d’ailleurs souvent choisir puis changer d’avis la seconde d’après, et recommencer dans la foulée. Et pourquoi pas? Le temps passé à jouer avec un jeu et le fait de ne pas changer d'avis de suite sont des concept purement adulte .


Le non n’est pas forcément une période qui dure, cela dépend énormément de la stabilité de la réaction de l'adulte ! Plus vite il comprendra l’impact qu’il a sur le monde qui l’entoure, plus vite il passera à autre chose ! Il va donc multiplier les mêmes actions amenant un "non" épuisant jusqu’à changer de challenge et tester un nouveau non....


Si les limites sont trop présentes,


L’enfant a un "non" devant chaque action qu’il entreprend . Cela aura un impact négatif pour son développement et ses apprentissages (puisqu'ils explorent moins ).


Plus l’enfant sera décidé à faire valoir sa différence, plus il se révoltera et certains finiront effectivement par arrêter de s'opposer...au détriment de leur propre personnalité et leur apprentissage .


Cette "petite adolescence" pourrait n'être qu'un report de la plus grande, qui pourrait alors être bien plus dynamique!


Et ce "non", que nous maintenons avec tant de conviction, est-il adapté à son âge ou est-il une représentation de l'adulte qu'il devra être? Est-il une crainte de ne pas savoir se faire respecter en tant que professionnelle ou de façon plus générale en tant qu'adulte? En petite enfance, l'inconscient n'est jamais loin. Heureusement, les Analyses de Pratiques professionnelles peuvent nous aider à prendre du recul sur tout cela.


Mais on ne va pas tout laisser faire non plus!


Avec beaucoup de oui et de liberté, l’enfant risque de se sentir noyé dans un espace trop grand ! Cela peut l’insécuriser et l’amener à ne pas vous lâcher. Souvent cette liberté va de pair avec beaucoup de dialogue et d’explications.

Cependant, à travers ce dialogue, l’enfant s’appuie sur vous pour explorer…et n’est donc pas autonome dans sa découverte du monde. Puisque l’espace est grand, autant avoir un adulte près de soi et explorer sans risque!


Le caractère de l’enfant sera au choix soit très agité s’il s’est éloigné ( il attire notre attention et se sécurisé par notre regard ), soit au contraire, il reste à coté de nous, voulant bien découvrir le monde mais en toute sécurité, ce qui le met en difficulté en collectivité... et les professionnelles aussi!


Vers un même objectif

Que ce soit le "non" de l'adulte ou le "non" de l’enfant, il est là pour sécuriser, pour rassurer et pour affirmer le territoire des uns ou des autres. Lors de cette période difficile, il est important de se dire que c’est une période indispensable à la construction du moi de l’enfant et que cela contribue à son épanouissement futur.

Ce "non" de l’enfant avant 3 ans apprend à l’enfant les bases de sa future vie d’adulte tant sur la sécurité, que sur les codes sociaux et les valeurs (familiales et culturelles) . En effet il teste et apprend à respecter tout cela petit à petit …(ou pas )

Ce sont d’ailleurs ces mêmes valeurs qui seront mises à mal à la grande adolescence, période où l’enfant est de nouveau dans la différenciation , avec plus de mots et de force (les portes claquent et le ton monte!) . Quelque soit l’adolescence, petite ou grande, la compréhension des enjeux est une aide précieuse pour soutenir cette période avec patience et bienveillance!


En respectant le besoin d’expérimentation avec la mise en place de limites fixes autour de l’enfant, il construit petit à petit sa confiance en lui, apprend de ses essais et de ses chutes. Il se relève et repart de plus belle vers d’autres aventures toujours plus épanouissantes.

En ayant appris les codes de la société qui l’entourent, il pourra s’adapter à celle-ci et s’intégrer. Car comme disait Aristote, "l’homme est un animal social "!




 Pour soutenir les équipes dans l’accompagnement de cette période clé — souvent éprouvante pour les adultes mais fondatrice pour l’enfant — plusieurs formations du catalogue Cogivia peuvent faire la différence : « Les essentiels : l’accompagnement de l’enfant en collectivité » pour mieux comprendre les enjeux développementaux et poser un cadre éducatif partagé, « Adapter sa communication avec l’enfant » pour ajuster les réponses aux besoins d’affirmation, et « Les nouvelles connaissances sur le développement global de l’enfant » pour éclairer les enjeux de la phase d'opposition à la lumière des apports scientifiques récents.


Bénédicte Tricot

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